Dans la perspective des prochains scrutins: La classe politique interpellée

Une vue de Félix Tshisekedi et le Sg de l’UDPS

Lorsqu’on assiste au cinéma que nous propose à longueur des journées la classe politique congolaise, nombreux sont les Congolais qui se demandent si réellement on comprend quelque chose. Sinon, comment expliquer que les parties prenantes aux pourparlers du Centre interdiocésain de Kinshasa ne manifestent aucun empressement, au moment où l’accord de la Saint-Sylvestre prévoit que les élections s’organisent en une seule séquence présidentielle, législative nationale et provinciale au plus tard en décembre 2017. Quelle image la classe politique congolaise donne-t-elle à la communauté internationale, surtout sur sa capacité à se prendre en  charge ? Maîtrise-t-on réellement les enjeux internationaux dans un monde où les Etats tiennent à tout prix à s’affirmer, à se faire respecter et à rassurer leurs citoyens ? En plus, comment prétendre diriger ce pays continent au moment où on est incapable de transcender les divergences, et de se choisir un directoire censé conduire le pays jusqu’à la tenue des élections ? Parce que, pendant que l’on traine le pas au niveau de la classe politique, la CENI, financée par le Gouvernement de la République et bénéficiant d’un important appui logistique de la présidence de la République et de la communauté internationale à travers la Monusco, poursuit sans désemparer l’enrôlement des électeurs. Il n’est pas surprenant qu’elle clôture cette opération en juillet 2017 et qu’elle publie le calendrier. Mais sur quelles bases irons-nous  aux élections, et avec toujours la même classe politique qui a du mal à affronter la population, ou en panne de discours politique ?

Quelle est la suite ?

Ce tableau nous permet de jeter un coup d’œil sur le vrai travail qui est fait par les uns et les autres, et quelles en sont les conséquences réelles. Même si le président de la CENCO, Mgr Marcel Utembi a été invité au Conseil de sécurité des Nations Unies, les travaux ont continué avec son vice-président, Mgr Fridolin Ambongo. A en croire le professeur Adolphe Lumanu Mulenda, s’exprimant au nom de la Majorité Présidentielle, les 32 délégués ont estimé que l’animateur de cette institution de régulation, soit le Conseil national de suivi de l’accord, doit réunir autour de sa personne le consensus nécessaire. Comme pour dire que ce nom sera amené autour de la plénière des parties prenantes, et si le consensus se dégageait autour de sa personne, il n’y aurait pas d’objection. Et ce, même si au stade actuel, sa famille politique ignore qui est président du Conseil national de suivi de l’accord.

Avec cette façon de faire, l’on n’est pas sorti de l’auberge et rien n’indique que la MP va accorder de quitus à Pierre Lumbi, ex-conseiller du président Joseph Kabila en matière de sécurité et président du G7. Au-delà de cette exigence justifiable du fait que ce poste avait été accordé à Etienne Tshisekedi intuitu personae, c’est-à-dire, en référence à son combat et à sa lutte, d’autres conditions et non des moindres existent et risquent encore de retarder les choses, si le Rassemblement pense que  la terre a arrêté de tourner autour du soleil. Dans sa stratégie, le Rassemblement devra tenir compte des nouvelles mutations politiques au pays. La réalité est que la mort de Tshisekedi a ouvert une autre page à l’histoire du pays, celle où le mythe est tombé, et où chacun devra faire son parcours pour s’affirmer. Et si le corps du lider maximo doit être gardé à la morgue comme caution, ou comme une nouvelle manière de faire pression au pouvoir en place, l’on se trompe et cette stratégie n’offre aucune garantie de réussite. Toutes choses restant égales par ailleurs, les manœuvres de l’opposition ne pourront que profiter à l’actuelle Majorité au pouvoir. Celle qui n’appelle qu’à la paix, à la réconciliation entre membres d’une même famille, que l’héritage d’Etienne Tshsiekedi semble désormais divisé.

De la situation au pays

A voir la façon dont les Congolais se disputent ou se querellent sur qui doit tenir le pain ou le gâteau, c’est comme si le pays traversait une période de vache grasse. Et pourtant, il s’agit d’un pays dont beaucoup d’indicateurs sont au rouge ; un pays qui dépend du travail de tout un chacun pour se développer, qui doit rassurer les hommes d’affaires à investir, parce que l’argent n’aime pas les bruits, dit-on. Au-delà de cela, on nous présente un pays où un Gouverneur de la ville peut facilement corrompre un député national de l’opposition avec 40 milles dollars Us, pendant que les petites routes de Kinshasa qui exigent de faibles budgets, ont du mal à être réhabilitées. Kinshasa, pour ceux qui viennent d’arriver, présente un visage désolant, avec un goût d’abandon. Une ville où la voirie urbaine est quasi-inexistante et où les caniveaux ne sont jamais curés. Et tout cela n’émeut personne  et semble entrer dans les habitudes des Kinois.

C’est dans ce contexte que Mgr Marcel Utembi répond à une invitation du Conseil de sécurité, une réunion regroupant les représentants de grandes puissances. Mgr Utembi, lui qui a reçu la mission de bons offices du président de la République, est obligé de faire rapport au Conseil de sécurité, ceux-là qui ne connaissent pas les contours de la mission leur confiée par le 1er des Congolais. Quel discours va-t-il tenir ? Quel agenda va-t-on lui donner ? Et quel sera son comportement une fois au pays ? Telles sont les questions que les Congolais peuvent légitimement se poser. Qu’à cela ne tienne, il revient au président Joseph Kabila, une fois qu’il aura le rapport de la CENCO, de l’évaluer, avant de lui donner un sens. Sinon, il ne sert à rien de se référer au chef de l’Etat, lorsqu’on sait qu’on a d’autres autorités devant lesquelles on peut faire la même chose. Donc, soit on respecte la mission qu’on a reçu, soit l’on rend le tablier, le temps pour Joseph Kabila de réunir son Etat-major et de changer son fusil d’épaule.

C’est ici où nombreux devraient savoir que l’avenir de la Rd Congo est entrain de se jouer et se trouve entre nos mains. C’est le moment où il faille ouvrir l’œil et le bon, pour sauvegarder ce qui est cher à tout le monde, la Nation congolaise. L’on ne peut plus perdre de vue que la politique internationale d’hier et d’aujourd’hui puise sa rationalité des égards que portent les dirigeants du monde sur le sens de l’espace au sein duquel se déroule l’histoire et se joue l’aventure humaine. Pour le professeur Philippe Biyoya Makutu, ce sens de l’espace qui oblige à une conscience d’ancrage identitaire des groupes humains dans un univers complexe a reçu pour nom la géopolitique. Faut-il rappeler ici le célèbre titre de l’ouvrage de Jean Gottmann, la politique des Etats se trouve dans leurs géographies? L’espace géographique est à la fois une contrainte, un défi à la raison et aussi une source d’inspiration, des richesses, des forces, de la puissance ou simplement de la puissance. L’espace est aussi un théâtre où épreuves de volonté ou de vie, manœuvres diverses construisent l’humanité de l’homme, sa domination sur la nature, et finalement un enjeu des rivalités de puissances en expansion. Avec un tel atout, les Congolais ne peuvent que se mettre ensemble, exploiter leurs ressources naturelles pour satisfaire non seulement les besoins de la population, mais aussi construire le pays. Parce que sans cette unité de cœur et d’esprit, sans un attachement aux valeurs auxquelles tout le monde croit, il est difficile de prétendre à une quelconque émergence. Aux Congolais de décider sur ce que sera leur pays demain !

(JMNK)

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