Controverse autour de la mort de Julieta Firminho à l’hôpital du Cinquantenaire

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L’Assemblée nationale opte pour une mission d’enquête parlementaire

Convaincu techniquement et médicalement par les réponses du ministre de la Santé publique, Félix Kabange Numbi, le député national Emery Okundji reste du moins perplexe sur la gestion de l’hôpital du Cinquantenaire. Pour voir claire sur le fonctionnement de ce grand centre hospitalier de Kinshasa, l’élu de Lubefu a sollicité et obtenu de la plénière une mission d’enquête parlementaire qui va chercher à en savoir un peu plus sur les soins, le coût et la qualité du traitement administrés aux patients.

C’est à l’issue de la question orale sans débat lui adressée par le député national Emery Okundji, que le ministre de la Santé publique Félix Kabange était devant les élus du peuple pour fournir des réponses appropriées aux préoccupations exprimée par l’élu de Lubefu. Emery Okundji voudrait avoir du ministre de la Santé publique les circonstances de la mort de Mme Julieta Firminho, étudiante à l’Université Protestante au Congo (UPC).

Au regard des éléments des réponses fournies par le ministre de la Santé, il apert que Mme Julieta Nesengui dont la mort a ému toute la communauté estudiantine puis la communauté congolaise et angolaise, est morte à Ngaliema Médical Center dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 février 2015. Cette Clinique n’a eu qu’à enregistrer le décès de cette étudiante, quelques heures plutôt pour une hémodialyse par l’hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa.

Cependant, dès l’annonce de son décès, le ministre Félix Kabange a initié une mission d’enquête par ses différentes lettres et décisions, puis ordre de mission collectif en vue de recueillir les informations administratives et médico techniques relatives à ce décès. « Notons que le dimanche 15 février 2015, je me suis déplacé personnellement à l’hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa de 09h à 12h30 pour recueillir les informations relatives au décès. La commission ad hoc mise en place était constituée de 15 personnes dont 6 du ministère de la Santé publique, 3 du ministère de l’Intérieur et sécurité, 4 du Conseil national de l’Ordre des Médecins et 3 de l’Association des infirmiers du Congo », a-t-il indiqué.

Dans ses réponses, le ministre a indiqué qu’en date du 06 février courant, la défunte avait consulté l’hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa pour la première fois pour cause de saignement génital, faiblesse, vertiges et érosions au niveau du col. Le ministre souligne par ailleurs qu’aucun diagnostic n’a été retenu, mais une colposcopie avait été indiquée pour le 21 février de la même année. « Le 09 février 2015 lors de la deuxième visite médicale pour des orientations sur la poursuite ou non de la contraception, la colposcopie a été avancée au 14 février 2015 sans aucune raison. Après la réalisation de la colposcopie le 14 février 2015, la malade a présenté le tableau suivant : vomissements cataclysmiques, hémorragie génitale abondante, diathèse hémorragique, c’est-à-dire hémorragie généralisée, effondrement des paramètres hémodynamiques et coma. Le tout dans un contexte supposé d’ingestion de formol, de transfert très tardif et inadéquat, la patiente serait décédée dans un état de choc réfractaire, c’est-à-dire un choc qui n’a pas pu être corrigé à temps », a-t-il précisé.

Les observations retenues malgré les difficultés rencontrées par la commission

A l’annonce de la mort de Mme Julieta Nesengui, la journée du dimanche 15 février et lundi 16 février 2015 avaient été perturbées par les étudiants de l’Université Protestante au Congo à travers une forte manifestation suivie de dégâts matériels, sous prétexte que le médecin de l’hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa l’aurait administré du formol en lieu et place de l’eau dont elle avait besoin.

Le ministre de la Santé publique a souligné devant les élus du peuple que malgré les différentes difficultés rencontrées par la commission tout au long de la réalisation de la mission, 14 observations ont été retenues notamment, que la référence de la patiente Mme Julieta Nesengui s’est faite de l’hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa vers Ngaliema Médical Center en passant par le Centre EPU-Renal de Kintambo pour hémodialyse, car l’unité de dialyse du Cinquantenaire n’est pas encore fonctionnelle. Il faut dire que le dossier médical de Julieta qui n’a été confié à la commission que 4 jours après le début de la mission, contenait les éléments très contradictoires traduisant une falsification des données. « On note l’administration des plusieurs produits à la patiente dont certains difficiles à déchiffrer », indique Félix Kabange. De poursuivre que somme toutes, le tableau clinique de Mme Julieta Nesengui présentait une discordance criante avec les résultats des examens paracliniques présentés, ce qui laisserait croire à une manipulation des données.

La commission a soutenu que l’infirmière de la salle de colposcopie de l’Hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa a été présentée sous deux noms différents, lors de la visite d’inspection du ministre sous le nom de Mme Jency et pendant le reste des auditions sous le nom de Sabitha. La commission avait noté que Docteur Monis, Gynécologue indienne et médecin traitant de feu Mme Julieta Nesengui avec l’infirmière Sabitha qui l’assistait ont abandonné la patiente seule dans la salle immédiatement après l’examen et cela sans raison et sans aucune assistance.

« La consommation du formol serait un montage, parce qu’un adulte intellectuel et lucide ne peut jamais boire ne fut-ce qu’une goutte, même dans le cas où on le lui donnerait par erreur. Le formol utilisé pendant l’examen de colposcopie état soit disant concentré à 40%, alors que pour le besoin de conservation ordinaire, on utilise plutôt un formol de 10% ou moins. Toutefois, sur la bouteille Swista contenant du formol, il n’y avait aucune mention du pourcentage ou de concentration du produit », avait dit le ministre.

La commission note également l’observation selon laquelle, la présence des signes d’irritation liés à l’intoxication au formol est due fort probablement à une ingestion passive via la sonde nasogastrique dans le but de masquer la vraie cause. La commission observe également que les lésions de brulure chimique objectives en post-mortem dans la bouche de Julieta et rapportées par le médecin légiste n’ont été signalées nulle part depuis l’Hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa jusqu’à Ngaliema Médical Center, d’où une possible manipulation du cadavre après la mort pour masquer les vraies causes du décès. Il faut dire que le transfert de la patiente de l’HCK à Ngaliema Médical Center s’est fait très tardivement, près de 6 heures après la survenue de l’incident alors que son état de santé se dégradait davantage. La commission poursuit que l’équipe indienne avait déclaré qu’elle a pris contact avec Ngaliema Médical Center une fois seulement soit à 17h, mais Ngaliema Médical Center déclare que l’équipe de l’HCK s’est présentée à trois reprises, soit 12h, 14h et 19h.

Deux versions dans la prise du formol

S’agissant de la prise de formol qui est la cause présumée du décès de Mme Julieta Nesengui, l’hôpital donne deux versions, à en croire le ministre de la Santé publique. La première version selon laquelle l’infirmière indienne (Sabitha) a donné le formol à Mme Julieta Nesengui a été communiquée à son époux et aux autres médecins congolais de l’Hôpital du Cinquantenaire par le Gestionnaire et médecin chef de service des urgences. La deuxième version selon laquelle Mme Julieta Nesengui aurait consommé du formol en confondant les bouteilles a été soutenue tout au long des différentes auditions de la partie indienne, précise le ministre.

Félix Kabange a indiqué aussi que c’est sur son insistance que la bouteille de formol, c’est-à-dire une bouteille d’eau minérale de 1,5 litre et de marque Swista n’a été apportée dans la salle de colposcopie. Mais le nombre et l’aspect des bouteilles dans la salle de colposcopie (3 bouteilles transparentes et identiques sur le lavabo selon les gestionnaire de l’hôpital et l’équipe soignante (Dr Monis et infirmière Sabitha), alors que le constat fait dans la salle révèle la présence de trois flacons d’un litre non transparents dans l’armoire et non sur le lavabo contenant respectivement le Lugol, le Nitrate et l’Acide acétique.

En outre, le dossier médical de la patiente Mme Julieta Nesengui est sous deux versions, électronique et manuscrite, ce qui rend difficile la traçabilité. Ainsi donc, le transfert pour l’hémodialyse ayant été différé de plus de 6 heures, la patiente est arrivée à Ngaliema Center en état de choc très avancé avec une tension artérielle imprenable.

Du rapport de l’autopsie

Il ressort du rapport d’observation macroscopiques de l’autopsie réalisée le 22 février 2015 la présence de lésions labiales et linguales de type brûlure chimique ; gastrite érosive, massive et hémorragique avec présence de sang non coagulé dans l’estomac ; rein gauche petit et nécrosé ; utérus non gravide, mais présentant un col utérin avec des lésions cancéreuses et trois endroits de frottis-ponction, pâleur extrême de conjonctives bulbo-palpébrales, de paumes de mains et des plantes de pieds et absence d’urines dans la vessie.

« Notons que des prélèvements ont été réalisés pour des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques (sang cardiaque, bile, contenu gastrique, paroi de l’estomac, utérus et ses annexes). Les résultats partiels de ces analyses ont montré au niveau toxicologique des bases fortes présentes dans tous les prélèvements et la nature sera précisée après analyse approfondie. Ces analyses n’ont pas pu établir la présence de formol dans le sang et le contenu gastrique. Au niveau des examens anatomopathologiques, les analyses ont établi des lésions d’une insuffisance rénale aiguë », affirme le ministre de la Santé Publique, avant de préciser que Mme Julieta Nesengui est décédée dans le tableau d’insuffisance rénale aiguë sur fond d’intoxication à un produit alcalin dont la nature est encore à déterminer.

« En toute état de cause et selon toute vraisemblance, l’ingestion alléguée du formol n’a été qu’un montage pour justifier un décès de cause iatrogène consécutive à une erreur médicale. Cela étant, le Gouvernement a pris des mesures correctives allant dans le sens d’améliorer la gestion de l’hôpital par la revisitation du contrat de partenariat avec Padiyath Health Care après un an de gestion ainsi que l’amélioration de la qualité des soins dans cet hôpital de niveau tertiaire », a éclairé le ministre à la représentation nationale.

Pius Romain Rolland

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