Congo-Brazzaville, Procès Mokoko et Dabira : Regard sur la couverture médiatique

par -
0 202
Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

Les procès des Généraux Mokoko et Dabira ont suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité au sein de la population et des médias nationaux et internationaux. Au terme de ces deux procès, la question que l’on peut se poser est celle de savoir si la presse, tant nationale qu’étrangère a travaillé en toute liberté ?

A l’ouverture du procès de Jean-Marie Michel Mokoko et autres accusés, comme il est de coutume dans beaucoup d’événements, quelques flottements ont été observés, notamment en ce qui concerne l’accès de la presse à la salle d’audience. En effet, au premier jour du procès,  les gendarmes en charge de la sécurité du Palais de justice ont retenu à l’écart de la salle, tous les journalistes, sauf ceux de la Télévision Nationale  Congolaise, Interprété comme une volonté d’organiser ce procès à huis clos. Cet incident malheureux a été très vite  résolu. Tous les reporters accrédités ont pu avoir accès à la salle d’audience jusqu’à la fin des deux procès.

La diffusion chaque soir, par la chaine nationale, Télé Congo des grands moments des audiences quotidiennes a, d’une part, renforcé l’intérêt que ces procès avait suscité dès le premier jour et d’autre fait augmenter l’audimat de Télé Congo. Les autres chaînes de radio et de télévisons nationale ont, elles aussi joué leur rôle, en relayant le déroulement des procès, du début jusqu’aux sentences.

La presse écrite et en ligne n’est pas, pour sa part, restée en marge de cette actualité. Elle a inondé la toile et les kiosques à journaux de l’actualité sur ces procès. Autant dire que la presse, dans sa diversité, a couvert ces procès sans restriction. En ce mois de mai, au cours duquel est célébrée la journée mondiale de la  liberté de la presse, bénéficier d’une telle liberté pour couvrir ces procès est plus que bon signe pour la démocratie.

Deux procès, deux traitements dans les médias internationaux !

Radio France International a organisé une couverture spéciale pendant tout le procès du Général Jean-Marie Michel Mokoko et autres accusés. Elle a même dépêché à Brazzaville, sa correspondante permanente à Kinshasa. Contrairement, le procès Dabira n’a pas bénéficié du même intérêt au niveau des médias internationaux, y compris RFI. On aura ainsi constaté qu’il y a eu deux procès, deux traitements différents dans les médias internationaux.

Les chevaliers de la plume et du micro congolais, notamment, peuvent se féliciter du travail qu’ils ont accompli pendant les deux procès, Mokoko et Dabira. A en croire quelques journalistes interrogés, ils reconnaissent que les autorités judiciaires leur ont permis de travailler en toute liberté.

Le droit a été réellement dit

Ouverte le 15 mai 2018 et après cinq jours d’audiences, l’affaire Dabira a connu son dénouement le 19 mai dernier. Le Général Norbert Dabira a été, au départ, poursuivi pour la même infraction que Jean-Marie Michel Mokoko : atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. Mais, le verdict du procès Mokoko est lourd, 20 ans de détention criminelle, alors que la condamnation de Norbert Dabira est de 05 ans d’emprisonnement ferme. Les profanes du droit estiment qu’il y a eu deux poids deux mesures.

Il est un fait que les juristes rappellent avec intérêt à l’issue du procès Dabira qui, en fin de compte, s’est révélé différent de celui de Mokoko, par la requalification des faits. En effet, le Général Norbert Dabira a été condamné, non pas pour atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, mais pour « proposition de coup d’Etat, d’atteinte à l’intégrité physique  du chef de l’Etat ». Ce sont les preuves qui ont permis la redéfinition de l’infraction.

La peine de 5 ans  d’emprisonnement ferme assortie  d’une interdiction d’exercer toute activité politique et militaire est, donc, conforme à  l’article 89 du code pénal qui stipule : « lorsqu’il y a une proposition non agréée, les peines sont réduites jusqu’à un maximum de 5 ans».  La vérité est que, pour le procès Dabira, la première infraction qui consistait à faire état d’un complot avait été balayée d’un revers de la main par la défense suivie par le Ministère public qui est l’organe de poursuite.

La Cour a délibéré en toute souveraineté en rejetant en bloc les preuves brandies par la partie civile tendant à prouver qu’il y a eu complot conformément aux dispositions des articles 87 et 89 alinéa 2 du code pénal. Ceux-ci répriment l’infraction d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. Après le verdict, Me Emmanuel Oko a regretté de ne pas avoir été suivi par la Cour : « Nous n’avons donc pas, nous partie civile,  été suivie  par la Cour et nous nous inclinons face à une décision que nous respectons et qui a été rendue par une Cour souveraine et nous pensons que, il n’est pas aussi de notre intérêt de s’engager à faire un pourvoi en cassation… ».

Jean-Marie Michel Mokoko et autres accusés ont été, par contre,  reconnus coupables d’avoir à Brazzaville, courant 2006, 2007, 2015 et 2016 commis le crime d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, dont le but était de déstabiliser les institutions congolaises pour s’emparer du pouvoir ; fait prévus et punis par les articles 87, 88, 89 du code pénal cités ci-dessus.

Comme on peut le constater, le cas Dabira est totalement différent de celui de Mokoko. En conséquence de son mutisme devant la barre, l’infraction de crime flagrant pour le cas d’espèce a été avérée. D’ailleurs, les réactions  après le verdict portent beaucoup plus sur le spectacle offert par les Généraux Dabira (accusé) et Nianga Mbouala (témoin) devant la barre, que sur le verdict final qui, lui, est le reflet du droit.

Condamnation du Général Norbert Dabira : Epilogue d’un procès mouvementé

Le procès sur l’affaire Norbert Dabira, après celui de Jean-Marie Michel Mokoko et les autres a suscité un intérêt certain dans l’opinion, au regard de la qualité des personnes qui ont comparu : deux généraux proches du président de la République. On retiendra que lors de ce procès, toutes les parties (la défense, la partie civile et le Ministère public) ont rempli leur mission. L’accusé, le Général Norbert Dabira et le témoin de l’accusation, le Général Nianga Ngatsé Mbouala, se sont, eux aussi soumis à la procédure, tout au long des débats, ainsi que pendant le verdict.

Il n’est pas superflu de signaler qu’avant l’ouverture de ce procès, tous les Congolais étaient perplexes et même inquiets, quant à la présence du témoin, le Général Nianga Ngatsé Mbouala, dont personne ne savait s’il allait se présenter au juge d’instruction. Plusieurs tractations ont, en effet, précédé le début de ce procès et la tension était perceptible dans la ville, à quelques moments de l’instruction du dossier.  Cette tension apparaissait pour les magistrats comme une pression. Ils l’ont peut-être subi mais n’y ont pas cédé.

Au final, tous les acteurs impliqués dans cette affaire ont compris l’intérêt que la puissance publique est au-dessus de tous. Ils n’avaient pour le choix que de se conformer à la loi, à l’ordre républicain. Les juges ont fait ainsi preuve de courage et de perspicacité, réhabilitant  de fait la justice congolaise et, par ricochet, l’autorité de l’Etat. Si cette réhabilitation se consolide, comme le souhaitent et l’espèrent tous les Congolais, elle va induire le renforcement de l’Etat de droit et le fonctionnement optimal des institutions, ainsi que la dynamisation de la démocratie dans le pays.

La Cour, placée sous l’autorité de Christian Oba a eu le mérite de bien tenir la police des débats. Pendant les plaidoiries, les avocats des deux parties ont excellé dans leur art. Le public – puisque le procès a été public – a eu le bonheur d’apprécier en toute sagesse, la qualité des débats et le dénouement du procès. A la lumière de ces débats, il a pu laisser tomber certains faux préjugés. De la même manière, la presse, dans sa diversité, a assuré, tant bien que mal, la couverture médiatique de ce procès. Chaque journaliste, en fonction de sa ligne éditoriale, a rendu compte de ce qu’il a vu, entendu et senti, puisque dans ce métier, les faits sont sacrés, même si la presse internationale n’y a pas accordé un grand intérêt.

Il a été observé que la Cour a fait figure d’arbitre pendant les débats. Elle n’intervenait que pour en assurer la loyauté, alors que les avocats des deux parties se chargeaient des interrogatoires de l’accusé et du témoin de la partie civile. La vérité judiciaire élaborée à partir de données fournies par les parties a permis la requalification du grief pour lequel le Général Norbert Dabira a été condamné à 5 ans de prison ferme. Accusé d’atteinte à la sureté intérieure de l’Etat, c’est finalement pour proposition d’atteinte à l’intégrité physique du président de la République, que l’accusé a été condamné. En droit, cela s’appelle requalification des faits. On peut aisément dire que le procès Dabira a connu un atterrissage en douceur.

 

(Roch Bouka/Correspondant Rtga World à Brazzaville)

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse