Congo-Brazzaville: Arrestation d’un ancien candidat à l’élection présidentielle du 20 mars 2016

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 Sa dernière intervention publique sur la Radio France Internationale datait d’un jour après que le Procureur de la République, André Gakala-Oko a présenté au public des armes supposées être retrouvées au domicile de l’une de ses épouses. Un mandat d’arrêt avait été alors lancé contre lui et ses complices. Le Procureur de la République avait sollicité par écrit, le 24 décembre, à l’Assemblée nationale de lever son immunité parlementaire afin qu’il soit jugé pour « atteinte à la sureté de l’Etat et détention illégale d’armes et munitions de guerre ». Pendant que la requête est en cours d’examen sur la table de l’Assemblée nationale, les services de sécurité ont agi en exécution des instructions du Procureur de la République.

L’ex-ministre de Denis Sassou-Nguesso, passé à l’opposition, qui vivait  caché depuis dix mois et la réélection contestée du président Denis Sassou N’guesso viens d’être arrêté par les services de sécurité. Il se caché dans la périphérie nord de Brazzaville. Il est incarcéré dans les locaux de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST). La police confirme les faits indiquant notamment que l’interpellation de ce dernier « s’est faite sans violence et qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une enquête flagrante dirigée contre lui, relative à l’atteinte à la sureté intérieure de l’Etat ». Depuis la proclamation des l’élection présidentielle du 20 mars 2016, l’opposant André Okombi Salissa, candidat malheureux à ce scrutin, vivait dans la clandestinité à Brazzaville. Son éclipse brutale et inattendue de la scène politique congolaise nourrissait, après cette échéance électorale, des  conversations dans le pays. Plusieurs sources affirmaient qu’il serait sorti du territoire national.

Qui est André Okombi ?

André Okombi Salissa est né à Lékana, dans la préfecture des Plateaux. Après ses études primaires et secondaires au Lycée technique du 1 mai de Brazzaville, il traverse le fleuve Congo pour  Kinshasa, en République Démocratique du Congo, appelée à l’époque le Zaïre du grand Mobutu Sesseko wa Zabanga, où il poursuit ses études supérieures en informatique. Il y sort avec un diplôme d’ingénieur avant de  se rendre quelques années plus tard à Kharkov, la deuxième grande ville de l’Ukraine, alors dans l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), pour parachever sa formation. Il obtint un  diplôme d’excellence et un doctorat d’Etat en systèmes automatique et informatique.

De retour au pays, pendant l’effervescence des premiers appels à l’ouverture démocratique avec en arrière-fond le fameux discours de La Baule le 20 juin 1990 du président français  François Mitterrand, conditionnant l’aide économique aux pays africains à l’avancée démocratique, le jeune diplômé sans emploi qu’est Okombi Salissa intègre le Parti Congolais du Travail (PCT). Il fallait du courage pour se faire membre d’un parti en déliquescence annoncée pendant que beaucoup de membres quittaient le navire soit pour sauver leur peau, soit pour intégrer un autre parti qui convenait à leurs attentes.  Car non seulement le multipartisme commençait à devenir une réalité et mais sur ce parti fusaient les critiques de mauvaise gestion, de tribalisme et d’amateurisme et de violence politique. La Conférence nationale de février-juin 1991 peignait le tableau sombre de la situation réelle du Congo depuis les indépendances jusqu’à cette période.

Les premiers moments de l’ère démocratique réduisent ce parti à sa plus simple expression. Il fallait du sang nouveau et surtout des hommes assez déterminés pour relever le défi et jouer la carte démocratique tout en assumant son lourd héritage. Okombi fait partie de ceux-là. Il va s’engager à fond pour donner vie au jadis parti-Etat. Il fonde le CADD-MJ, une association liée au parti. Son engagement se fait plus remarqué lorsqu’en 1997 pendant la guerre civil, il anime un front appelé le Front 400 pour combattre les troupes fidèles au président Pascal Lissouba. Il a sans doute risqué sa vie à plusieurs reprises pour la victoire de Monsieur Dénis Sassou-Nguesso en octobre 1997. Cette année marque pour Okombi le point de départ d’une promotion sociale en devenant pendant plusieurs années membre des gouvernements de la République du Congo. Il est appelé pour les intimes « Tout bouge ». Mais son omniprésence dans le cercle du pouvoir devient aussi un lieu de critique, de calomnie et de médisance sur sa personne. Il est accusé à tort ou à raison d’être un intouchable.

L’agacement des dirigeants

Au sein du parti, il veut incarner la ligne du renouveau avec les autres membres. Débarqué du gouvernement en 2012 à cause sans doute de sa liberté d’expression, le député élu de Lékana s’exile volontairement en France pendant presqu’un an,  tout en tenant un discours allant dans le sens du respect de la loi fondamentale du pays. Discours et positions qui agacent l’instance dirigeante du pays et du parti ne voyant en cela que le fruit d’une frustration. Mais, le temps lui donne raison car certains cercles du pouvoir caressaient déjà en secret le projet de changement de constitution.

A son refus de faire disparaître son CADD-MJ pour le fondre au parti, Okombi Salissa glisse, dès 2014, vers l’opposition congolaise, largement hostile au changement de la loi fondamentale du pays. Il crée, à cet effet avec un autre ancien collègue du gouvernement, le ministre Parfait Brice Kolélas, lui aussi rejoignant les rangs de l’opposition pour les mêmes raisons, la plate-forme IDC pour la défense et le respect de l’ordre constitutionnel. Il en est même le coordonnateur.

(Roch Bouka )

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