CNSA : Kamerhe, Bazaiba, Lisanga, … se rebiffent. Olenghankoy est-il isolé ?

A peine qu’il a été désigné par consensus par les différentes parties prenantes, le 22 juillet 2017 comme président du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre et du processus électoral (CNSA) et ce, conformément au chapitre VI.2.2 de l’Accord politique et inclusif du Centre interdiocésain de Kinshasa, selon lequel le CNSA sera conduit par le président du Conseil des Sages du Rassemblement, Joseph Olenghankoy subit à ce jour des attaques de toute part, et même de certains membres du Gouvernement Bruno Tshibala. Une situation qui envenime le climat politique, et risque d’exacerber les tensions et d’impacter négativement sur le rôle d’arbitre que cette Institution d’appui à la démocratie est appelée à jouer.

En effet, au lendemain de cette désignation consensuelle de Joseph Olenghankoy et de l’installation de son bureau, nombreux sont ceux-là qui l’ont carrément rejeté, disant qu’il n’avait ni le profil ni l’étoffe de conduire cette institution. Ils se réfèrent à l’article 12 de l’Arrangement particulier selon lequel, pour l’efficacité du CNSA, les membres qui le constituent doivent répondre au profil ci-après: être de nationalité congolaise, être non conflictuel, avoir un niveau d’études dont le minimum requis est la licence ou l’équivalent, justifier d’une compétence éprouvée et d’une expérience suffisante dans la gestion des affaires publiques, jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques et n’avoir pas fait l’objet de condamnation judiciaire sur base d’une décision judiciaire devenue définitive, justifier d’une connaissance du pays et de ses valeurs, et avoir la loyauté républicaine et être honnête, intègre et respectueux des institutions et des lois de la République.

Des attaques virulentes

La première attaque virulente est celle d’un membre du gouvernement Bruno Tshibala, issu du Rassemblement/Kasa-Vubu et dont le président du Conseil des Sages n’est autre que Joseph Olenghankoy. Il s’agit de Jean-Pierre Lisanga Bonganga,  ministre d’Etat, ministre en charge des Relations avec le Parlement, doublé d’Autorité morale du Rassemblement de l’opposition courant Tshisekediste. Dans un communiqué, il s’est opposé de manière catégorique à cette désignation. Car selon lui, Olenghankoy n’a ni le profil ni le charisme ni la crédibilité ni encore moins le poids politique pour prendre la place attribuée par consensus de toute la classe politique au dialogue de la CENCO, à l’icone de la démocratie congolaise, le Docteur Etienne Tshisekedi wa Mulumba.

Pour sa part, Justin Bitakwira, ministre du développement rural dans le même gouvernement, pense que le poste de président du CNSA devait revenir à Vital Kamerhe, par ordre d’arrivée. En sa qualité de chef de la délégation  de l’opposition politique au dialogue de la Cité de l’Union africaine et de la CENCO, Vital Kamerhe se voyait déjà président du CNSA. Et ce, même si cette prétention viole l’accord de la Saint-Sylvestre. Par solidarité gouvernementale, les membres du gouvernement Tshibala devaient s’interdire de se prononcer, surtout qu’ils sont tous l’émanation du Rassemblement/Kasa-Vubu.

Toujours au sujet du président de l’UNC, Vital Kamerhe qui devait briguer le poste de vice-président de cette institution, accuse, pour sa part, Aubin Minaku et Léon Kengo d’avoir violé l’accord. A l’en croire, le Bureau du CNSA doit être mis en place par consensus entre composantes ayant pris part au dialogue de la CENCO et non par les délégués des composantes au CNSA. Or tel n’a pas été le cas. Il conclut à une énième violation de l’Accord du 31 décembre 2016. Dès lors, l’UNC ne se sent pas concernée par cette décision de mise en place du Bureau du CNSA intervenue le samedi 22 juillet 2017 sous la co-présidence des présidents des deux chambres  législatives.

Une autre vice-présidence devait être accordée au Front contre la révision de la Constitution. Attendu par tout le monde pour se prononcer, le Front, en rapport avec la provenance et le choix consensuel de la personnalité qui devait présider le Conseil National de Suivi de l’Accord et du processus électoral, attendait voir à la tête de cette institution une personnalité consensuelle, répondant aux critères fixés par l’article 12 de l’Arrangement particulier, à savoir la loyauté républicaine, le niveau d’études, l’honnêteté, l’intégrité et la compétence éprouvée. « Elle devait aussi provenir, par ailleurs, d’une composante ne dirigeant pas une autre institution de la République par souci d’inclusivité, de neutralité, d’équité et de justice, aux fins d’assurer la crédibilité, la transparence, l’intégrité, la régularité du processus électoral, mais surtout la certitude de l’organisation des élections à la date convenue.

C’est au regard de tous ces éléments que le Front a dénoncé le caractère irrégulier du processus de désignation du président du CNSA et récuse la personnalité désignée. Il renonce en même temps au poste de vice-président lui confié et félicite ses délégués qui ont refusé de participer à cette mascarade en dénonçant dans la salle. Soulignons que le poste de Rapporteur revenait à la Société civile, dont la décision est attendue, pour l’entérinement du candidat qui sera proposé. Mais à l’allure où vont les choses, il n’est pas interdit qu’elle décline le poste.

Soulignons que le Rassemblement aile Tshisekedi ainsi que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ne se sentent pas concernés par la désignation du président du CNSA et l’installation de son Bureau politique.

On tend vers l’impasse

Toutes choses restant égales par ailleurs, quelle sera la recette à utiliser par l’équipe à Olenghankoy pour compléter les autres membres du Bureau ? Certains pensent que le président du CNSA devra discuter avec ceux qui ont renoncé aux postes leur confiés. Mais nombreux estiment qu’avec un CNSA monocolore, le pays court droit vers l’impasse. Parce qu’une telle institution ne sera à même d’accomplir toutes les missions lui confiées, notamment, assurer le suivi du chronogramme de mise en œuvre de l’Accord ; réaliser les évaluations régulières du processus électoral, au moins une fois tous les deux mois, avec la CENI et le Gouvernement ; formuler des recommandations respectivement au Parlement, au Gouvernement et à la CENI pour la bonne exécution de l’Accord, etc.

Un peu comme pour dire qu’on risque d’avoir un président du CNSA de pacotille, protocolaire, qui aurait du mal à poser tous les actes de droit, et d’assurer les Congolais de la tenue des élections dans le délai. Entre-temps, c’est tout l’accord de la Saint-Sylvestre qui risque de subir un coup, suite au manque de crédibilité de l’Institution chargée du suivi du processus électoral. Avant le mois de septembre, l’on est en droit de nous poser la question de savoir : quelle attitude les députés nationaux observeront –ils à la présentation et à l’entérinement des membres du CNSA ? Qui vivra verra ! Qu’à cela ne tienne, le souhait des Congolais lambda, ceux qui voient s’effriter leur pouvoir d’achat du jour le jour, est que ce processus aboutisse à l’organisation des élections, ce qui mettrait un terme à la crise.

(JMNK)

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