Au regard des derniers heurts à Kinshasa et à Tshikapa: Liberté des manifestations détournée

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Jean-Pierre Kambila, Directeur de cabinet adjoint du chef de l’Etat
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Ce qui, à l’origine, a été conçu et voulu, par les constituants de la Troisième République, comme une sacrée avancée, est aujourd’hui, en pratique, profanée par une partie de nos concitoyens au point de remettre en cause sa place dans une jeune démocratie, comme la nôtre. Au regard des nombreux dégâts, humains et matériels, qui émaillent, à quelques exceptions près, toutes les manifestations organisées par l’Opposition, serait-ce une offense aux Droits de l’Homme que de s’interroger sur son apport dans la stabilité de nos institution ?

N’a-t-on pas, de manière mécanique et trop hâtivement, introduit la liberté de manifestation en public dans notre Constitution? Est-ce que le peuple congolais est réellement prêt à exercer cette liberté sans la détourner de l’objectif que les Occidentaux lui ont assigné ? Combien d’entre nous savent et comprennent les obligations qui accompagnent le droit de manifester, en groupe, son opinion, dans un lieu public?

Une manifestation, selon ceux qui l’ont inventée, est un acte collectif se prononçant en faveur ou défaveur d’une opinion politique ou pour d’autres causes. Aussi, dans le souci de garantir l’ordre public dans la société,  lequel ordre est capital pour permettre à chacun de disposer de sa liberté d’aller et venir, les manifestations ont été voulues pacifiques. C’est ce qui se fait en Occident, même si nous voyons dans les medias que certaines manifestations qui commencent dans la non-violence se terminent par des actes violents, du fait de l’introduction des bandes de casseurs en fin de parcours. Il est à noter que le peuple d’Occident a, de manière générale, a appréhendé sa liberté de manifestation dans un lieu public et le fait pacifiquement.

Le Général Kanyama s’explique

Qu’en est-il de la RépubliqueDémocratique du Congo? Cette question a fait l’objet de la conférence, organisée vendredi dernier, au centre interdiocésainde Kinshasa, par la Commission nationale des Droits de l’Homme. Un brillant panel d’intellectuels congolais y a apporté sa contribution en toute indépendance  et ce, au regard des derniers heurts sanglants du 19 et 20 septembre 2016. On y comptait : Jean-Pierre Kambila, Directeur de cabinet adjoint du chef de l’Etat, Célestin Kanyama, chef de la Police nationale dans la provincede Kinshasa, Honorables Delly Sessanga et Martin Fayulu, tous deux députés nationaux et membres du Rassemblement. Si ces derniers ont fait un plaidoyer en faveur de la promulgation de la loi sur la liberté des manifestations et ont déploré le manque de volonté politique pour en faire une réalité en RDC, le Général Kanyama a démontré, images à l’appui, que les évènements évoqués, annoncés comme non violents auprès de l’autorité urbaine,  ont été sciemment convertis en mouvements violents dès les premiers mètres,  s’attaquant spontanément aux biens d’autrui. Il a brandi des photos atroces où l’on pouvait distinctement voir des jeunes  manifestants, brandissant bâtons,  armes tranchantes, pistolets et vêtus, pour semer la confusion sans doute, de tenues des agents de la Police nationale.

Les dernières manifestations de l’Opposition se sont, toutes, a poursuivi selon le Général Kanyama, écartées de l’itinéraire convenu ou annoncé. Elles ont démarré, simultanément, de plusieurs endroits de la ville, alors que les organisateurs avaient indiqué un point de départ unique. Par ailleurs, le numéro un de la Police de Kinshasa a  souligné que certaines manifestations que ses hommes ont dispersées, furent anarchiquement initiées par des officines qui, soit n’avaient aucune existence légale, soit étaient insuffisamment identifiées par l’administration. Ce qui, loin d’être une entrave à la seule obligation d’information à laquelle sont soumis les organisateurs des manifestations en public, constitue en soi une violation des textes instituant la liberté des manifestations.  Les organisateurs des mouvements de masse doivent en effet être clairement identifiés afin qu’ils puissent réparer, éventuellement, les dommages causés par leurs manifestants.

C’est ici, au niveau des responsabilités, civiles et pénales, que le bât blesse et que naissent des interrogations légitimes, soulevées par Jean-Pierre Kambila, le Directeur de cabinet adjoint du Président de la République. Des nombreux manifestants, qui ont commis des infractions, lors des derniers heurts, courent encore. Persuadés que le fait d’être dans la masse les rendait invisibles, ils ont volontairement détérioré les biens d’autrui, porté atteinte à l’intégrité physique de ceux qui, sur leur passage, avaient le malheur de ne pas être  d’accord avec leur démarche violente. La Police poursuit, certes, ses investigations pour les identifier, mais avec ça prend du temps. Parce que notre pays, comme bien d’autres en Afrique, n’est pas encore équipé de techniques d’information  particulièrement sophistiquées, à  l’instar des pays occidentaux, pour identifier et interpeller rapidement les casseurs d’une manifestation violente. Les recherches prennent du temps. Ce qui renforce les délinquants de leur sentiment d’impunité. Ils se cachent pour l’instant et sont prêts à ressortir pour casser et tuer à nouveau. Quand ? Sans doute, à l’occasion des prochaines manifestations. Pour eux, manifester, c’est foutre le bordel.

Une liberté de manifester détournée de son sens premier

Jean-Pierre Kambila, qui intervenait en tant que sociologue et politologue, a relevé que la liberté des manifestations était détournée de son sens premier. Si en Occident, les gens manifestent pour exprimer pacifiquement leur opinion, au Congo, les citoyens considèrent les manifestations comme un instrument ou une occasion pour renverser les institutions établies. Est-ce la conséquence d’une certaine méconnaissance de cette liberté par le peuple ? L’adjoint du directeur du cabinet du chef de l’Etat pense que les contours de l’exercice de cette liberté n’ont pas tenu compte de la culturalité du peuple congolais.

Les organisateurs des manifestations publiques se prévalent du fait que dans le droit positif congolais, ils ne seraient plus obligés d’obtenir une autorisation de l’autorité urbaine avant de jeter leurs militants dans les rues. Ils ne seraient astreints qu’a à un devoir d’information. C’est le sens de la loi portant application de l’exercice de la liberté des manifestations, qui attend promulgation. A ceci, Jean-Pierre Kambila a répondu qu’il serait en effet suicidaire, pour l’Afrique, d’admettre qu’un groupe de gens se lève un matin, décide d’occuper les artères de la ville, sans rien demander à personne. Cet entendement est de nature à rendre vulnérables la paix et la stabilité en Afrique. Et ce face aux élans impérialistes de certains pays occidentaux qui, sous prétexte de défendre les Droits de l’Homme, utilisent la liberté des manifestations pour pousser la population à renverser un régime en place. La Lybie est l’exemple patent de cette dérive. Dès lors, ne serait-il pas permis de se poser la question de  l’inadéquation de cette fameuse liberté des manifestations  devant les réalités socio-politiques de nos sociétés africaines?

(Jules Kidinda)

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