Afrique Subsaharienne: Un changement de cap s’impose

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Selon le FMI, l’activité économique en Afrique subsaharienne a nettement ralenti, mais, comme à l’accoutumée, la situation varie considérablement d’un pays à l’autre. La croissance économique de la région est tombée à 3½ % en 2015, le plus bas niveau depuis une quinzaine d’années, et devrait continuer de ralentir cette année pour s’établir à 3 %, c’est-à-dire bien en deçà des taux de 5 % à 7 % enregistrés pendant la décennie écoulée.

Le Fonds monétaire international (FMI) a présenté le mardi 03 mai à Kampala (Ouganda) son rapport 2015 sur l’Afrique subsaharienne intitulé : « Un changement de cap s’impose ». Un titre qui s’explique par les inquiétudes de l’institution internationale face au ralentissement de la croissance dans la région. La première observation à noter consiste au fait que la chute des cours des produits de base a durement ébranlé beaucoup des plus grands pays d’Afrique subsaharienne.

Les pays exportateurs de pétrole, dont l’Angola et le Nigéria, restent confrontés à un environnement économique difficile (selon les prévisions, la croissance du groupe des pays exportateurs de pétrole devrait diminuer encore et s’établir à 2¼ % cette année alors qu’elle a atteint 6 % en 2014), mais c’est aussi le cas des pays exportateurs de produits de base non énergétiques tels que l’Afrique du Sud, le Ghana et la Zambie. Par ailleurs, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone ne se remettent que lentement de l’épidémie d’Ébola, et plusieurs pays d’Afrique australe et orientale, dont l’Éthiopie, le Malawi et le Zimbabwe, pâtissent d’une grave sécheresse.

En même temps, beaucoup d’autres pays connaissent encore une croissance vigoureuse. Ainsi, la plupart des pays importateurs de pétrole s’en sortent généralement mieux et affichent des taux de croissance supérieurs à 5 %, voire bien plus dans certains pays tels que la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Sénégal. Dans presque tous ces pays, la croissance économique s’appuie sur les investissements d’infrastructure en cours et le dynamisme de la consommation privée. La chute des cours du pétrole a aussi aidé ces pays, mais dans des proportions en général moins fortes que prévu, car dans nombre d’entre eux la baisse des cours des autres produits de base et la dépréciation du taux de change ont en partie contrebalancé cet avantage.

Bien que ce tableau nettement plus terne pousse à se demander si la dynamique de croissance observée récemment en Afrique subsaharienne s’est arrêtée, nous pensons que les perspectives de croissance à moyen terme de la région demeurent favorables. Certes, l’environnement extérieur étant devenu beaucoup moins propice, les perspectives à court terme d’un grand nombre de pays subsahariens restent difficiles et sont assombries par des aléas négatifs. Mais, au-delà de ces difficultés immédiates, les ressorts fondamentaux de la croissance qui sont à l’œuvre dans la région depuis une dizaine d’années — dont le plus important est la nette amélioration du climat des affaires — n’ont en général pas disparu, et la démographie favorable devrait jouer en leur faveur au cours des prochaines décennies. Cependant, pour que ce potentiel se réalise, un changement de cap décisif est impératif dans bien des cas.

Réagir d’urgence

Troisièmement, disons que jusqu’à présent, dans la plupart des pays exportateurs de produits de base, la réaction des autorités à la détérioration sans précédent des termes de l’échange a été généralement insuffisante. Face à cette situation, qui dure depuis un an et demi, et alors que les amortisseurs budgétaires et les volants de réserves de change s’amenuisent, de même que les options de financement, les autorités doivent réagir d’urgence et avec détermination pour éviter un ajustement désordonné. Pour les pays qui n’appartiennent pas à une union monétaire, la flexibilité du taux de change, conjuguée à des politiques monétaire et budgétaire d’accompagnement, devrait être la première ligne de défense. Étant donné que les recettes fiscales générées par les industries extractives devraient rester durablement basses, un grand nombre des pays concernés doivent impérativement contenir leur déficit budgétaire et constituer une base d’imposition viable dans les autres secteurs de l’économie.

Étant donné que les conditions financières extérieures se sont sensiblement durcies, la politique budgétaire devra aussi être recalibrée dans les pays de la région qui ont accès aux marchés financiers et dont les déficits des finances publiques et des transactions courantes sont élevés depuis quelques années, faute de quoi ils pourraient se retrouver dépourvus d’amortisseurs suffisants et vulnérables à une crise financière si l’environnement extérieur continue de se dégrader.

Les deux autres chapitres

En dehors du résumé analytique qui constitue le premier chapitre, dans le deuxième chapitre, il est examiné plus en détail comment la dépendance à l’égard des ressources naturelles a mis près de la moitié des pays de la région à la merci d’une baisse des cours des produits de base. En conséquence, bien que le niveau élevé des cours de ces produits ait contribué à la croissance vigoureuse de ces pays depuis une dizaine d’années, leur vulnérabilité aux fluctuations des cours a aussi un effet macroéconomique prononcé en période de ralentissement de l’activité, comme en attestent les développements récents.

Les pays de la région les plus vulnérables sont de loin les pays exportateurs de pétrole. Pour eux, la dégradation des termes de l’échange des produits de base depuis le milieu de l’année 2014 a engendré une perte de revenu d’environ 20 % du PIB due aux fluctuations des cours du pétrole. En général, un choc d’une telle ampleur ampute le taux de croissance annuel de 3 à 3½ points de pourcentage environ pendant plusieurs années —ce qui correspond à peu près au ralentissement de la croissance économique observé dans ces pays depuis 2014. Par comparaison, les pays exportateurs de métaux ont été en général moins touchés, encore qu’il existe des seuils de prix importants, en deçà desquels les mines ferment et des emplois sont perdus, ce qui pèse sur l’activité.

Les précédentes phases de baisse des cours montrent aussi que la flexibilité du taux de change joue un rôle essentiel en amortissant le choc dans les pays qui ne sont pas membres d’une union monétaire. Une politique budgétaire anticyclique peut aussi contribuer notablement à atténuer l’impact des chocs temporaires; ces dernières années, les pays exportateurs de produits de base ont d’ailleurs laissé s’accroître leurs déficits budgétaires en réaction à la diminution des recettes. Cependant, étant donné que la marge de manœuvre budgétaire s’amenuise rapidement dans les pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne et que les cours de ces produits devraient rester durablement bas, un ajustement est de plus en plus urgent. Une meilleure mobilisation des recettes intérieures peut permettre de renforcer sensiblement le solde budgétaire, et il convient dans le même temps de mieux hiérarchiser les investissements publics, ainsi que d’en rehausser la qualité et l’efficience, et d’améliorer le climat des affaires de manière à promouvoir la diversification de l’économie et à la rendre plus résiliente.

Dans le troisième chapitre, il est décrit les nets progrès accomplis par la région en matière de développement financier, y compris en ce qui concerne les services financiers mobiles et les grandes banques panafricaines. D’après les données empiriques, le développement financier a bien contribué à la croissance économique de la région et l’a rendue moins volatile, dans la mesure où il a aidé à la mobilisation et à la répartition des ressources financières et facilité la mise en œuvre d’autres politiques économiques en renforçant la croissance et en stabilisant l’économie.

Pour autant, en matière de développement financier, la marge d’amélioration est encore très importante, surtout par rapport aux autres régions du monde : si cet écart était comblé, la croissance des pays de la région pourrait être rehaussée de 1½ point de pourcentage en moyenne. Hormis dans les pays à revenu intermédiaire de la région, tant la profondeur du marché financier que le développement institutionnel sont des domaines où la région reste devancée par les autres régions en développement.

Les progrès de la région en matière de développement financier, qui reposent en grande partie sur l’amélioration des paramètres macroéconomiques fondamentaux, ont été freinés par les faiblesses du cadre institutionnel. Aussi les autorités devraient-elles s’attacher en particulier à améliorer leur cadre juridique et la gouvernance d’entreprise pour que le développement financier puisse se poursuivre.

(Jean-Marie Nkambua)

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