Affaires étrangères: Des ambassadeurs occidentaux à l’école de la diplomatie

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En RD Congo, les représentants de la communauté internationale, particulièrement ceux d’Europe Occidentale et des Etats-Unis ont pris l’habitude de se comporter comme des proconsuls en pays conquis. En moins de 48 heures, la semaine dernière, une Envoyée spéciale de la Grande Bretagne dans la région des Grands Lacs et le porte-parole du Département d’Etat américain se sont permis de menacer les autorités en place à Kinshasa qui les accueillaient de « sanctions ciblées » s’ils attentaient aux libertés des citoyens… congolais.

Le chorus des plénipotentiaires occidentaux semble avoir été suscité par les auditions suivies de l’inculpation formelle de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, le 19 mai 2016 par le parquet de Lubumbashi pour présomption d’atteinte à la sureté de l’Etat par le recrutement de mercenaires. Une affaire qui remonte au 24 avril dernier, lorsque parmi les manifestants qui tentaient de briser le scellé judiciaire apposé sur un bâtiment disputé par deux factions rivales du parti politique UNAFEC dont l’une acquise à Katumbi, la police met la main sur un citoyen  américain. Ce dernier se révèle être un ancien membre du corps des ‘marines’ après s’être faussement présenté aux services d’intelligence qui l’interrogeaient comme un fermier. Il avoue faire partie d’un groupe de sujets américains admis sur le territoire de la RD Congo en qualité d’experts agricoles ou pasteurs invités par l’ex gouverneur du Katanga alors qu’ils étaient en réalité des spécialistes en armements rattachés à une officine de mercenaires basée aux USA.

Sur Moïse Katumbi Chapwe pèsent donc de sérieux soupçons de recrutement de mercenaires. Quelques heures après qu’Alexis Thambwe Mwamba, le Ministre de la Justice du gouvernement de Joseph Kabila eut annoncé qu’il venait d’enjoindre le Procureur général de la République d’enquêter sur ces faits, Moïse Katumbi  se proclame candidat à la prochaine élection présidentielle pour gêner l’instruction judiciaire. Il s’arrange pour se faire accompagner de foules aux auditions pré juridictionnelles dont il fait l’objet au Parquet de Lubumbashi, lesquelles sont secrètes aux termes du code de procédure congolais car on n’en était pas encore à la phase d’un procès proprement dit qui est public. Se basant sur ce principe du secret de l’instruction pré juridictionnelle, les autorités judiciaires de Lubumbashi avaient donné ordre à la police de disperser chaque fois la foule des sympathisants de l’équipe de football TP Mazembe dont Katumbi était propriétaire et qu’il rameutait à chaque convocation au parquet pour l’accompagner et conspuer les magistrats de Lubumbashi.

Ces péripéties de l’affaire Katumbi constitue un cas type de ce que les représentants des diplomates occidentaux à Kinshasa et leurs gouvernements s’évertuent à considérer comme « des restrictions des espaces des libertés publiques en RDC ».

Il ne s’agissait pas d’une manifestation publique qui, d’ailleurs, requiert des autorisations d’usage afin de permettre la préservation de l’ordre public. En dispersant les sympathisants du chairman du TP Mazembe, la police de Lubumbashi ne faisait qu’appliquer la loi et mettre un terme à des troubles de l’ordre public prémédités par un faisant l’objet d’une instruction judiciaire. Parler de restriction des espaces de liberté dans ces conditions résulte d’un renversement des paramètres d’appréciation des faits qui rend la légalité illégale. C’est à ce niveau qu’il faut situer le « malentendu » qui n’en est peut-être pas un à y regarder de près entre la fameuse  « communauté internationale » et ses représentants aux autorités de l’Etat congolais. À ce sujet, le gouvernement congolais par la voix de son porte-parole le ministre de la communication, le lumumbiste Lambert Mende a pu parler, à bon escient d’une véritable prime au crime car tout se passe comme si la légalité se décrétait par les occidentaux, au gré de leurs intérêts du moment…

C’en était décidément trop. Même des membres généralement plus modérés de l’équipe gouvernementale sont sortis de leur réserve. En quelques 72 heures, le ministre des Affaires étrangères Raymond Tshibanda Ntungamulongo et son collègue de la Justice Alexis Thambwe Mwamba se sont publiquement exprimés sur la question, à deux reprises. Le 24 mai 2016, le chef de la diplomatie congolaise a publié un communiqué fustigeant la politique de chantage à peine voilé à laquelle se livraient certains partenaires de la RD Congo. 48 heures après, le 26 mai, Alexis Thambwe Mwamba, le ministre de la justice qui assure l’intérim de Tshibanda en mission en Turquie, a convoqué l’ensemble du corps diplomatique accrédité en RD Congo pour leur dire leur fait, sans fioritures.

Réunis dans l’emblématique Salon Rouge du ministère des affaires étrangères, les ambassadeurs ont eu droit à la version officielle du gouvernement sur le dialogue national, l’arrêt de la Cour constitutionnelle et les accusations de harcèlement contre les opposants « en vue de vous permettre de recevoir l’information à bonne source et de faire des  rapports objectifs à vos gouvernements sur la situation en RDC ». Au lieu de se contenter et d’amplifier les antiennes mensongères et autres légendes d’infamie concoctées par une opposition en perte de vitesse portée à bout de bras par quelques pays nostalgiques du passé colonial. Alexis Thambwe Mwamba a ainsi invité ses interlocuteurs à « recourir aux autorités de la RDC si vous voulez disposer des éléments d’informations fiables  chaque fois qu’il y a des enjeux importants ».

En ce qui concerne le dialogue national, Alexis Tambwe Mwamba a indiqué que le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, avait pris l’initiative de ce dialogue  pour que les élections prochaines en RDC se fassent dans la totale transparence afin  d’éviter les contestations violentes provoquant des troubles graves à l’ordre public et à la sécurité des Congolais après la publication des résultats, comme le pays l’avait expérimenté en 2006 et 2011.

A cet effet, le Président de la République a consulté  les différentes couches de la population pour  obtenir  leurs points de vue  sur l’organisation de ces scrutins, soulignant que seule l’Union pour la démocratie et le progrès social  (UDPS) n’a pas participé  à ces consultations, avant de préciser que la Majorité Présidentielle a eu des contacts approfondis avec ce parti  en Europe notamment en Espagne, en Belgique  et en France  au sujet de la tenue du dialogue.

Pour sa participation à cette rencontre,  a dit le ministre, l’UDPS avait posé un certain nombre  de préalables notamment la révision du fichier électoral actuel en vue de l’enrôlement de nouveaux majeurs dans le fichier électoral et l’audit de ce fichier, le renouvellement du matériel de la CENI et la  révision de  la composition de ses  animateurs  ainsi que ceux  de la Cour constitutionnelle.

A l’issue de toutes ces rencontres, il reste certains points de divergence entre  la Majorité et l’UDPS, a précisé le ministre Thambwe Mwamba, notant que pour la tenue du dialogue, l’opposition avait exigé, contre le souhait de la Majorité  un  facilitateur international qui a été finalement nommé par l’Union Africaine en coordination avec les Nations Unies et les autres institutions internationales. La Majorité Présidentielle, a fait remarquer Thambwe Mwamba a déjà transmis la liste de ses délégués au comité préparatoire du dialogue au facilitateur et attend que l’opposition et la Société Civile en fassent autant.

Pour ce qui est du calendrier électoral, le ministre Thambwe a indiqué que le premier calendrier électoral publié par la CENI pour l’organisation du cycle électoral complet avait été boudé par l’opposition, avant de révéler qu’il faudrait attendre  la tenue du dialogue pour que ce dossier  de calendrier  électoral et  des contraintes financières liées à l’organisation des élections  soit vidé.

Au sujet de  l’arrêt de la Cour Constitutionnelle, Alexis Thambwe Mwamba, un des meilleurs juristes de la RDC, a balayé d’un revers de la main la version selon laquelle sans l’organisation de l’élection présidentielle à la fin de cette année, il y aurait  un « vide juridique » à la tête des institutions nationales congolaises précisant qu’il n’y aura pas vacance  au sommet  de l’Etat parce que la Constitution de 2006 en vigueur en RDC avait déjà réglé  cette question en soulignant que  le Président de la République en exercice reste en fonction jusqu’à l’investiture du nouveau Président élu.

L’arrêt de la Cour Constitutionnelle, a-t-il soutenu, est opposable à toutes les institutions du pays.  Il a rappelé à plusieurs reprises que dans l’ordre juridique en vigueur en RDC la Cour Constitutionnelle est le seul juge  habileté à interpréter les articles de la Constitution mise  en cause et qu’il ne saurait y avoir quelque polémique que ce soit là-dessus. Il a noté à cet égard que  la Cour Constitutionnelle n’a pas  donné un nouveau mandat au Président de la République  qui reste en place jusqu’à l’investiture du  nouveau Président élu comme le prétendent certains ténors de l’opposition.

Selon  Alexis Thambwe Mwamba, le gouvernement ne harcèle pas les opposants, allusion faite au très agité Martin Fayulu, député d’une petite formation politique  dont l’hôtel  Faden House appartenant  à  son épouse a été mis sous scellé  par le fisc pour n’avoir pas payé  380.000.000 de Francs congolais (387.000 dollars US) de taxes dues à la ville – province de Kinshasa. Il a  invité la famille Fayulu à remplir ses obligations fiscales vis-à-vis de l’Etat.

Le ministre Tambwe a précisé que martin Fayulu n’est pas le seul opérateur économique qui a des problèmes avec le fisc, citant à l’appui de cette révélation quelques célébrités proches de la Majorité présidentielle qui ont eu maille à pâtir avec la direction générale des recettes de Kinshasa (DGRK) « dans les mêmes circonstances », notamment son collègue de la Santé publique le ministre Félix Kabange Numbi, le député national et Premier ministre honoraire Adolphe Muzito, le gouverneur du Kasaï Oriental, Alphonse Ngoy Kasanji, le Vice-Premier ministre Thomas Luhaka, et des personnes morales comme la Midema, l’Hôpital Chinois de la Première Rue Limete, le Groupe Ledya etc. « Nombre de ces opérateurs ont déjà réglé leurs litiges avec l’Etat. M. Martin Fayulu n’a qu’à en faire autant », a-t-il dit.

Parlant de la  marche organisée par l’opposition à Kinshasa, Alexis Tambwe Mwamba a fait savoir que cette marche a été autorisée par le pouvoir et que la Majorité a annulé celle de ses partisans sur instruction de la hiérarchie  pour ne pas troubler l’ordre public. Dont acte.

 

L’Avenir

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