27 années après sa disparition: Franco Luambo Makiadi immortel à travers ses œuvres

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Musicien prolixe, Franco Luambo Makiadi a quitté le monde de vivants depuis le 12 octobre 1989. Il comptait, non seulement parmi les meilleurs guitaristes solos mais aussi parmi les auteurs compositeurs les plus inventifs de sa génération. Sa fulgurante ascension ainsi que celle de son orchestre, le TP OK Jazz, ont valablement contribué au développement de la musique africaine. Avec la contribution de notre confrère « AFRIQUECHOS MAGAZINE », nous restituons, étape après étape, le cheminement de cet artiste qui a été surnommé « Grand Maître » de par son sérieux et sa maîtrise de l’art d’Orphée.

1938, le 6 Juillet : naissance de François Luambo à Sona-Bata dans la province du Kongo Central (à l’époque région du Bas-Congo dans le  Congo-Belge).

Fils de Joseph Emongo et d’Hélène Mbonga Makiese. De cette union sont nés trois enfants : François Luambo, Siongo « Bavon Marie-Marie » et Marie- Louise Akangana. Mais maman Makiese a eu trois autres enfants avec deux pères différents : Alphonse Derek Malolo (né après Franco, pendant que Joseph Emongo se trouvait en prison) puis, Marie-Jeanne Nyantsa et Jules Kinzonzi « Papa » né après la mort de Joseph Emongo, le père de Franco. Quant à Mama Mbonga Makiese, sa mort est survenue quelques mois seulement, après celle de son fils Luambo Franco qui, on le sait, a passé son enfance à Léopoldville (Kinshasa) et a arrêté ses études au niveau de 3ème année primaire.

1948 : Luambo s’initie à la musique par l’harmonica, au contact avec des jeunes de la rue qui vouaient un culte exclusif aux précurseurs de la musique congolaise moderne : Joseph Kabasele et Zacharie Elenga Jimmy. Après le décès de son père survenu en 1949, Luambo échappe, de justesse, à la délinquance en trouvant un emploi d’emballeur de disques destinés à l’expédition, aux éditions musicales Ngoma. Très doué, il se familiarise rapidement avec la guitare avec laquelle il s’entraîne seul et en secret dans le studio Ngoma, chaque fois que les musiciens avaient fini d’enregistrer. Aussi, la surprise sera grande, le jour où, on s’en est aperçu que l’emballeur était un génie de la guitare en herbe.

1950 : Mama Hélène Mbonga Makiese et ses enfants s’installent rue Bosenge n°100 à Ngiri-Ngiri dans la propriété de la famille Paul Ebengo « Dewayon » qui possède une guitare de fortune avec laquelle il est suffisamment avancé dans la pratique. Les deux vont se lier d’amitié. Ainsi, Franco va poursuivre l’apprentissage de la guitare auprès de Dewayon, avant de faire la connaissance du guitariste bien confirmé, Albert Lampasi, vedette des éditions Ngoma, vivant également à Ngiri-Ngiri. Bien qu’à cette époque l’activité musicale était synonyme de vagabondage pour celui qui la pratiquait, Luambo s’y accroche avec beaucoup de ferveur et la forte ambition de parvenir à aider sa mère.

1952 : Albert Luampasi, qui est émerveillé par le talent de Luambo, l’intègre dans son groupe dénommé « Bandibu ». Une longue tournée va les conduire dans le Bas-Congo, particulièrement à Moerbeke (Kwilu Ngongo) où ils séjourneront plusieurs mois. À cette époque, Albert Luampasi avait déjà sorti aux Éditions Ngoma quatre chansons qui lui avaient permis de se tailler une solide réputation : « Chérie mabanza » – « Nzola andambo » « Ziunga kia tumba »- « Mu kintwadi kieto ».

1953 : De retour à Kinshasa, Luambo rejoint Paul Ebengo « Dewayon » qui vient de créer, avec les musiciens Louis Bikunda, Ganga Mongwalu et Mutombo, le groupe Watam. Au grand plaisir des mélomanes de Ngiri Ngiri, le Groupe Bandibu d’Albert Luampasi fusionne pendant quelque temps avec le Groupe Watam de Paul Eengo « Dewayon », et se produit régulièrement, chez « Kanza bar », rue Bosenge à Ngiri-Ngiri.

Le 09 Août, Paul Ebengo « Dewayon » présente Luambo à l’éditeur grec des éditions « Loningisa », M. Papadimitriou, qui lui fait signer le jour même un contrat de production d’une durée de 10 ans, après un essai très concluant. Papadimitriou est tellement impressionné par le talent du jeune Luambo qu’il lui offre une guitare moderne quasiment aussi grande que lui. Franco a 15 ans. Le 17 Novembre, Luambo Franco enregistre avec le Groupe Watam, ses deux premières compositions aux Éditions Loningisa : « Lilima chérie wa ngai » et « Kombo ya Loningisa »…

1954 : François Luambo, qui est déjà une figure majeure au sein des éditions Loningisa, ne pouvait plus passer inaperçu du personnage prestigieux qu’était Henri Bowane au sein de cette firme (Directeur artistique, auteur-compositeur, guitariste et impresario). Ce dernier recrute François Luambo à qui il attribue le sobriquet « Franco ».

1955, le 14 octobre, Franco enregistre « Marie Catho » et « Bayini ngai mpo na yo ». Ce disque est salué comme étant la plus grande réussite de l’année 1955. Le premier disque « populaire » de Luambo Franco, celui qui a accentué sa popularité au Congo et en Afrique. Fort de ce succès et au moment où la concurrence bat son plein entre les labels « Ngoma » et « Opika », « Loningisa » va valoriser le talent de ses musiciens et particulièrement celui de Luambo Makiadi dont on trouvera la guitare sur des dizaines de disques des musiciens de cette firme, comme en témoignent quelques chansons réalisées entre novembre 1955 et juin 1956, c’est-à-dire, avant la création de l’OK Jazz.

1956 : le 6 Juin, quelques musiciens issus du groupe « Bana Loningisa » engagés par Oscar Kashama « Kassien », et qui avaient pris l’habitude de jouer dans le dancing « OK Bar », (établissement qui porte ses initiales), tous les samedis soir et dimanches après midi, parallèlement à leur emploi pendant la semaine au studio, se constituent ainsi en orchestre qui porte l’appellation « OK Jazz ». L’idée est venue de Jean Serge Essous qui avait trouvé mieux d’honorer Oscar Kashama qui avait mis une sono et son bar à la disposition du groupe. Le nouvel orchestre sous la houlette d’Oscar Kashama compte, au début, dix musiciens mais ils ne seront cependant que sept à la sortie, le 20 Juin 1956 au Parc de Boeck (Parc du Zoo), notamment : Jean Serge Essous, chef d’orchestre (clarinette) – François Luambo « Franco » et Daniel Loubelo « De la lune » (guitare)- José Philippe Lando « Rossignol » et Victor Longomba (chant) Saturnin Pandi « Ben » et Nicolas Bosuma « Dessoin » (tumbas). Franco rivalise avec les deux meilleurs guitaristes de la musique congolaise de l’époque, Emmanuel Tshilumba Wa Boloji dit « Tino Baroza » et Nicolas Kasanda wa Mikalayi dit « Dr Nico » et s’impose comme le meilleur spécialiste du jeu en sixte, technique qui consiste à jouer la guitare en pinçant plusieurs cordes à la fois, style à partir duquel il a donné naissance à « l’école OK Jazz » basée sur la « rumba Odemba », dont la rythmique et la gestuelle seraient issues du folklore de la tribu mongo de Mbandaka, nord de la République Démocratique du Congo. L’exploit de Luambo à la guitare, a reconnu un spécialiste, c’était aussi de ne jouer qu’avec trois doigts de la main gauche avec un doigté très particulier.

1956, six mois après, et à l’issue du dernier enregistrement de l’année 1956, les six premiers compagnons de Luambo Makiadi Franco dont Jean Serge Essous, José Philippe Lando « Rossignol », Saturnin Pandy quittent l’OK Jazz. Avec Paul Ebengo « Dewayon » et Augustin Moniania « Roitelet », ils seront accueillis, en janvier 1957 par Henri Bowane et l’éditeur grec Dino Antonopoulos de la firme « Esengo » d’où naîtront les orchestres Rock-A-Mambo et Conga Jazz. Lesquels seront rejoints par l’African Jazz de Joseph Kabasele. Ces départs seront compensés, la même année, par l’arrivée d’Edouard Ganga « Edo », Célestin Kouka, Nino Malapet et Antoine Armando « Brazzos ». D’autres arrivées seront enregistrées : celles du saxophoniste Isaac Musekiwa et du clarinettiste Edo Clary Lutula, des chanteurs Jean Munsi Kwamy et Joseph Mulamba « Mujos » ou encore des musiciens Tshamala Jean « Picolo » (guitare), Kalombo Albino (saxo), Bombolo Léon « Bolhem » (guitare), Epayo Alphonse (basse), Moke Simon (percussion).

1960 : L’orchestre OK Jazz enregistre un départ qui n’est pas de moindre : le chanteur Victor Longomba « Vicky » rejoint Joseph Kabasele pour participer, avec l’African Jazz, à la table ronde belgo-congolaise du 20 janvier au 20 février 1960 à Bruxelles. Ils embarquent avec eux, un autre musicien de l’OK Jazz : le bassiste Antoine Armando dit « Brazzos ».

Rupture avec la maison Loningisa

1960 : Rupture de contrat entre Luambo et les Éditions « Loningisa » des frères grecs Basile et Athanase Papadimitriou

En 1692 soit deux années avant son expiration, et grâce à l’implication de Justin Bomboko, alors ministre congolais des affaires étrangères, Luambo Makiadi Franco rompt son contrat avec les Éditions Loningisa.

1961 : L’OK Jazz se rend à Bruxelles, après l’African Jazz. Franco et son groupe sont conviés par les éditions « Surboum » de Joseph Kabasele, (premier éditeur congolais) à enregistrer sous son label. Il en sortira : « La mode ya Puis », « Amida muziki ya OK, « Nabanzi Zozo », « Jalousie ya nini na ngai », « Como quere »… réalisées avec la chaleureuse voix de Mulamba « Mujos ». Suite à ces enregistrements, l’OK Jazz sera doté par Joseph Kabasele, de son premier équipement de musique.

1961 – De retour de Bruxelles, Luambo s’inspire de l’expérience de Joseph Kabasele et crée, à son tour, les éditions « Epanza Makita », avec le concours de Thomas Kanza, personnalité politique de l’Abako qui a assuré les bons offices auprès de la firme belge Fonior…

1961 – 1989 – Franco à la croisée des chemins

Entre 1961 et 1989, Franco Luambo va jouer avec de jeunes talents et des vedettes confirmées avec qui le dialogue est passionnant et fructueux. Certes, la notion de gain était le leitmotiv à travers lequel toutes les tentatives étaient permises. Le groupe va totaliser jusqu’à près de 50 musiciens qui, au début des années 80, furent repartis en deux groupes : un à Kinshasa et un autre à Bruxelles, avant de s’implanter en 1982 en Belgique…

En avril 1967, le groupe enregistre un départ massif des musiciens qui sont allés monter l’orchestre « Révolution » nous noterons donc : Mulamba « Mujos », Munsi « Kwamy », « Welakingara « John Payne », Armando « Brazzos », Tshamala « Picolo », Bosuma « Dessoin » Musekiwa Isaac, Djali Christophe, Michel Boyibanda. Le temps de sortir les titres « Ngai mwana Congo » et « Divorce » de Mujos, « Mopepe ya mbula » et « Kinshasa nayaki » de Kwamy. Le groupe va imploser mais certains dissidents vont retourner chez Franco Luambo Makiadi.

1972, le 27 octobre, Mobutu, président du Zaïre, décrète la loi de recours à l’authenticité, obligeant les Zaïrois à abandonner leurs prénoms chrétiens pour des prénoms authentiquement zaïrois. C’est à partir de cette date, que François Luambo « Franco » est devenu Luambo Makiadi L’Okanga Lwa Djo Pene…

1978, le génial chroniqueur dont on appréciait la vocation de pédagogue social, s’est laissé aller dans les caricatures obscènes. Il chante « Hélène » et « Jacquie » deux titres à caractère pornographique, (vendus à la sauvette) qui vont le conduire en prison…

Décès de Luambo

L’artiste a rendu l’âme, à Namur en Belgique, le 12 octobre 1989, après plusieurs mois d’incertitude et de rumeurs quant à la nature de la maladie qui le rongeait. Rapatrié, le 15 octobre sur Kinshasa il a été inhumé le 18 du même mois au cimetière de la Gombe.

 

                                                                                        ( Kingunza Kikim Afri)

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