2017 : La BCC mise sur l’embellie de la conjoncture internationale

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Comme c’est la tradition à la Banque centrale du Congo (BCC), le Gouverneur Deogratias Mutombo a dernièrement échangé les vœux avec les membres de la grande famille BCC, au travers de la Haute Direction et du personnel du Siège. Dans son discours, il a noté que l’année 2016 a été particulièrement éprouvante pour la BCC qui  a  dû  faire  face  à  une  conjonction  de  situations  délicates  et  complexes. Face à la dégradation du cadre macroéconomique, l’Institut d’Emission a, sur  le  plan  conjoncturel,  organisé  une  riposte  appropriée  durant  l’année  2016,  en recourant à tous les instruments de politique monétaire et de change dont elle dispose. Toutefois, les perspectives économiques très encourageantes se profilent à l’horizon sur le plan mondial et l’économie  congolaise  pourrait  bénéficier  de  cette embellie attendue de la conjoncture internationale. Parce  que l’année 2016 n’a pas été facile, en considérant les effets de l’accélération de la hausse des prix des biens et services sur les salaires réels, le Gouv’ a décidé de l’annulation de 70 % de la dette de chaque agent au titre de prêt scolaire qui avait été octroyé en juillet dernier.

Dans son discours, le Gouverneur a souligné que l’année 2016 a été particulièrement éprouvante pour la Banque Centrale qui  a  dû  faire  face  à  une  conjonction  de  situations  délicates  et  complexes,  liées notamment à la  crise  à  la  BIAC  et  à  la  FIBANK,  toutes  deux  placées  sous  administration provisoire de l’Institut d’Emission;  le décrochage du Franc congolais face aux principales devises étrangères ;  la résurgence de l’inflation observée sur le marché des  biens et services et l’effritement accéléré des réserves de change au cours des douze derniers mois.

Sur  le  plan  de la  conjoncture  économique  internationale, l’année 2016, marquée par la poursuite du ralentissement de l’activité économique mondiale dont le taux de croissance s’est établi à 3,1 % contre 3,2 % en 2015 et 3,4 % en 2014, a été la moins bonne des sept dernières années. Cette situation a été la traduction de l’affaiblissement de la croissance dans les pays développés. Ces derniers ont globalement enregistré une hausse de l’activité de 1,6 % contre 1,9 % en 2015. La croissance mondiale a été également affectée par le ralentissement  continuel  de  l’économie  chinoise,  la  persistance  des  tensions géopolitiques et l’impact du Brexit.

Dans  ce  contexte,  la  demande  mondiale  est  demeurée  faible,  avec  pour conséquence le maintien à un niveau bas des cours des produits de base. Les économies africaines, qui sont dépendantes des exportations des produits primaires, ont continué à subir l’impact négatif de cette basse conjoncture internationale. En 2016, le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne est estimé à 1,4 %contre 3,3 % en 2015.

C’est le plus bas niveau jamais atteint depuis seize ans. Connaissant  le  même  sort  que  l’économie  globale  du  continent  africain, l’économie congolaise a affiché des performances peu reluisantes en 2016,poursuivant son ralentissement observé en 2015. Les estimations provisoires, à fin septembre 2016, situent le taux de croissance du PIB réel à 2,5 % en 2016 contre 4,3 % estimé à fin juin 2016, venant  de 9,5 % et 6,9 % respectivement en 2014 et 2015.

Le  bas  niveau  des  cours  mondiaux  des  produits  de  base  qui  intéressent l’économie congolaise a contribué à réduire la demande intérieure et à dissuader les entreprises d’investir et d’augmenter la production. A titre illustratif, le cours du cuivre s’est établi en moyenne à USD 4.868,21 la tonne, soit une baisse de 33,8 % comparé à la moyenne de 2013. Le ralentissement de l’activité économique et le recul des exportations ont eu  des  conséquences  désastreuses  sur  la  situation  financière  du Trésor.  Les  recettes publiques,  qui  avaient  atteint CDF  4.622  milliards  en  2015,  peinent  à    approcher  les CDF 4.000 milliards en 2016.

Dans  un  contexte  de  faible  mobilisation  des  recettes  et  de  rigidité  des dépenses, la situation des opérations financières de l’Etat, pour l’année 2016, affiche un déficit cumulé d’environ CDF 520 milliards, au 28 décembre 2016.

En l’absence de marges budgétaires confortables, cet état des choses a entraîné d’importantes injections de liquidité, alors que les chocs extérieurs ont induit une contraction importante de l’offre des devises, face à une demande en expansion pour les besoins d’importation. Cette situation a exacerbé les tensions sur les marchés des changes ainsi que des biens et services.

En effet, après une longue période de stabilité de la parité Dollar américain-Franc congolais autour d’une moyenne de CDF 920 le dollar américain, entre 2009 et 2015, soit une dépréciation cumulée de 3 %, le cours indicatif de la monnaie nationale a  atteint  CDF  1.215  le  dollar  américain  au  28  décembre  2016,  accusant  ainsi une dépréciation de 25 % en seulement douze mois. Le marché des biens et services a également été marqué par d’intenses tensions inflationnistes à partir du deuxième trimestre de l’année. A mi-décembre 2016, le taux d’inflation s’établit à  plus de 7,0 %en  glissement  annuel,  contre  un accroissement de 0,8 % en 2015 et 1,0 % en 2014.

Ainsi,  la  Banque  Centrale  encourage  le  Gouvernement  à  tout  mettre  en œuvre pour réduire la dépendance de l’économie congolaise aux importations des biens de consommation courante, qui entraîne une absorption des réserves en devises du pays et  accentue  sa  vulnérabilité  externe.  Il  est  temps  de  donner  un  contenu  à  la diversification de la base productive pour espérer échapper, à terme, à l’emprise du taux de change sur les prix intérieurs ainsi qu’à l’impact prépondérant des cours des matières premières sur la croissance et les finances publiques.

Une riposte appropriée

Face à la dégradation du cadre macroéconomique, l’Institut d’Emission a, sur  le  plan  conjoncturel,  organisé  une  riposte  appropriée  durant  l’année  2016,  en recourant à tous les instruments de politique monétaire et de change dont elle dispose. S’agissant de la  politique  monétaire,  un  resserrement  conséquent  a  été opéré en plusieurs phases.

Globalement, il a souligné le relèvement du taux directeur de  5  points,  passant  de  2  %  à  7  %;  l’augmentation par paliers du coefficient de la réserve obligatoire, lequel a été porté de 8 % à 13 % et de 7 % à 12 % respectivement pour les dépôts à vue et les dépôts à terme en devises.  Il conviendrait de souligner que l’ajustement haussier du coefficient de la réserve obligatoire a induit la stérilisation de CDF 150 milliards, tandis que les opérations d’adjudications hebdomadaires des bons de la Banque Centrale ont continué, au même moment, à lisser les fluctuations de la liquidité bancaire.

En matière de politique de change, la Banque Centrale a été très active, eu égard à la volatilité effrénée du taux de change. Au cours des mois de février, avril, juin, septembre et novembre, l’Institut d’Emission a opéré une série d’interventions sur le marché interbancaire des changes, avec la vente d’USD 50 millions en moyenne par opération, soit près de USD 250 millions sur la période. Les interventions réalisées visaient à améliorer l’offre des devises en vue de répondre aux besoins des banques, pour couvrir les besoins en devises de leurs clients importateurs de biens de première nécessité. Cette action a permis d’éponger plus de CDF 260 milliards et de modérer, séquentiellement, le rythme de dépréciation monétaire.

Les interventions ciblées de la Banque Centrale du Congo sur le marché des changes pour en atténuer la surchauffe, d’une part, et l’importance des paiements de l’Etat  en  devises,  d’autre  part,  ont  entraîné  une  baisse  record  d’environ  USD  550 millions du stock des réserves internationales, lequel s’est établi à USD 870 millions à mi-décembre 2016 soit 3,85 semaines d’importations de biens et services, venant de 1,3 mois à fin 2015.

Quelles perspectives ?

Au vu de tout ce qui a été dit, il  convient  de  relever  que,  sur  le  plan  économique,  des  perspectives encourageantes sur  le  plan  mondial se profilent à l’horizon. Selon les  prévisions  du Fonds Monétaire International (FMI) et d’autres sources, une accélération de la croissance économique mondiale est attendue en 2017 et se poursuivrait au cours des trois années suivantes. Le FMI prévoit un taux de croissance mondiale de 3,4 % en 2017 et de 3,6 % en 2018. Ces  prévisions  seraient  expliquées  par  une  amélioration  des  perspectives économiques,  aussi  bien  dans  les  économies  avancées  que  dans  les  économies émergentes, hormis l’économie chinoise dont la croissance se stabiliserait autour de 6,0 %.

Cette reprise mondiale entrainerait une hausse de la demande internationale de l’ordre de 4,0 %, contrairement au ralentissement observé en 2016, ainsi qu’un raffermissement  des  cours  internationaux  de  la  plupart  des  produits  de  base,  les minéraux et les non minéraux, en particulier les prix du cuivre et du pétrole. Au  plan  interne,  l’économie  congolaise  pourrait  bénéficier  de  cette embellie attendue de la conjoncture internationale. Aussi, les projections préliminaires de  l’activité  économique  tablent-elles  sur  une  progression  du  taux  de  croissance économique estimée à 2,9 % sur fond d’une reprise des exportations des produits de base et d’une augmentation du taux d’investissement.

Dans  ce  contexte,  la  Banque  Centrale  poursuivra  un  objectif  d’inflation autour d’une moyenne de 5,0 % et mènera une politique prudente, compte tenu de la nécessité  de  briser  les  pressions  inflationnistes  et  de  maîtriser  les  anticipations  des agents économiques.  « Convaincus que l’amélioration des perspectives économiques nationales aura une  incidence  positive  sur  la situation interne  de  l’Institut  d’Emission,  nous  avons proposé et obtenu du Conseil de la Banque, l’adoption des prévisions budgétaires pour l’année 2017 avec une projection des recettes à CDF 248,4 milliards contre CDF 182,9 milliards de réalisations en 2016, soit un relèvement sensible de 35,8 % », a indiqué Deogratias Mutombo.

Cependant, il est essentiel de rappeler que le bénéfice réel que l’économie congolaise pourrait tirer d’une bonne conjoncture internationale ne peut être amélioré que si une véritable dynamique est enclenchée au niveau interne pour accélérer la mise en œuvre des réformes économiques et financières pertinentes, notamment les actions retenues dans le cadre des 28 mesures urgentes pour la stabilisation et la relance de l’économie congolaise. Dans cette perspective, la Banque Centrale accompagnera le Gouvernement dans son action, de manière à lui permettre d’atteindre des objectifs plus ambitieux que ceux retenus dans les prévisions.

(Jean-Marie Nkambua)

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